
Didier Nivaut déambule dans son atelier. Il parcourt du regard les pièces rouillées qui s’amoncellent. Depuis deux mois il fréquente les ferrailleurs, déniche ici et là d’improbables objets toujours en métal corrodé, préférant bien plus travailler l’usé que le neuf. Il les ramène et les empile… jusqu’au déclic. Car il lui faut un point de départ. Le guidon d’un vélo sans âge, le réservoir d’une moto accidentée ou le reste d’un lampadaire peuvent soudainement capter l’œil du sculpteur et déclencher son action, avec une certaine fièvre. “Je peux rester à travailler ainsi de longues semaines seul dans mon atelier”. Il plie, soude, assemble les éléments extirpés de son immense fatras jusqu’à la réalisation de masques, de personnages et d’animaux. Que chasse cet impressionnant guerrier traditionnel, que craint cette mère semblant protéger son enfant ? Chacun se fabriquera sa réponse. Certains liront un point de vue environnemental. La rouille ainsi mise sur pied ne renvoie-t-elle pas à la place des déchets issus de la production de masse et de l’industrialisation ?
Il y a indubitablement dans cette communauté sortie de la rouille quelques influences africaines et pour cause. Didier Nivaut revient tout juste d’un nouveau voyage au Sénégal où il met en place une auberge culturelle (à 120 km au sud de Dakar). Son idée : susciter des échanges entre artistes de toutes nationalités. Là-bas, il a réalisé de nombreux totems. “Je suis fasciné par les
sculptures tribales, ce qu’on appelle les arts primitifs. J’aime cette épuration semblable à celle des cubistes, cette possibilité pour le spectateur de lire un oiseau dans une sculpture, sans que celle-ci ne soit une reproduction fidèle de l’animal”. Ce parti pris artistique est source de réactions très diverses chez les spectateurs. “Face à mon travail, enfants et adultes expriment des émotions très différentes”. Les premiers laissent parler leur imaginaire, tandis que les seconds peuvent s’obstiner à rechercher l’origine des pièces qui servent de corps et de membres à ces curieuses créations !
Depuis 2005, une trentaine de pièces semblant appartenir à une même tribu circule, prenant place exclusivement en extérieur. C’est en milieu naturel que les personnages fantastiques de Didier Nivaut trouvent leur place et imposent leur majesté. Actuellement exposés dans le parc d’un collège, ils seront à découvrir à Saint-Rémy-sur-Orne (14) au mois de mai.
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