
C ’est en lieu et place d’une boucherie charcuterie que Mario Montolivo a installé son atelier. Depuis son départ de Paris, il habite et travaille ici, dans ce qu’il appelle ironiquement sa “cage de luxe”, une boutique sans repreneur dénichée par hasard à Condé-sur-Noireau (14), au fin fond de la Suisse Normande. Drôle de trajectoire pour cet homme natif du Chili… Un sacré choc même pour celui qui fréquenta un temps les cercles parisiens, et même furtivement les plateaux TV comme illustrateur sur le câble (MCM) ou comme “dessinateur-bohême” interviewé par Ardisson pour Paris-dernière. Pas grand-chose à voir avec la vie condéenne…
Mais cette époque de relative proximité avec un certain milieu médiatique et artistique est bel et bien révolue. Mario Montolivo a quitté sans peine cet étouffant microcosme culturel dont le rayonnement se heurte à d’impitoyables guerres d’ego. Aujourd’hui retranché derrière sa verte barrière, il analyse. “C’est dingue de constater à quel point l’art contemporain tourne sur un même fond d’artistes. Il y a comme un anachronisme entre ce qui est présenté dans les galeries et ce que peuvent proposer certains artistes aujourd’hui. Les professionnels ne prennent pas de risques”. Et l’homme de 45 ans, fidèle à lui-même, n’était pas prêt à modérer ses propos, ni même son art, pour gagner plus.La mollesse ambiante d’un grand nombre de galeries, agrippées au marché de l’art et à ses valeurs sûres, a décidé notre artiste, formé à l’école des Beaux-Arts de Valparaiso, à choisir d’autres itinéraires. “En France, les peintres reconnus reproduisent un cadre bien établi. Il n’y a pourtant que dans l’art que tout est permis. C’est le seul domaine où la fin justifie les moyens. Faire parler ce précepte en art n’est pas un acte dangereux comme il peut l’être dans le politique ou le social. De même quand je dessine, j’aime pousser les possibilités, ce qui permet de bousculer et de choquer la société”. La prise de risque, en effet, il connaît. Surtout dans la peau de Mic-Mac,
son pseudo d’illustrateur, probablement la facette la plus provoc’ de son art. C’est sous ce nom qu’il signe ses “images hystériques” lui valant parfois de violentes réactions. Comme celle de ces deux ou trois jeunes femmes scandalisées par cette fente d’horodateur en sexe de femme ! Mario n’y voit qu’une regrettable interprétation agressive de son propos. Mais la virulence de certaines attaques n’a jamais réussi à infléchir l’orientation de ses travaux. “Je ne veux pas être un légume”. Que ce soit dans les peintures de Montolivo, les dessins de Mic-Mac ou ses photos, le point de vue déroute encore et toujours. Fort heureusement…
Avide producteur d’images et travailleur matinal, Mario prend d’assaut le net dès la première heure. Depuis quelques mois, il explore ces voies alternatives que propose la toile, découvrant ainsi une autre façon de se faire entendre. Même si le web se fait lui aussi l’écho des cadenas et des chasses gardées de notre bas monde, il lui permet de dépasser les cloisonnements et conformismes du contexte culturel (ce qu’il définit comme du “conservatisme”). Cet axe de travail, véritable boulevard pour sa spontanéité, lui a fait mettre en sommeil son travail de peintre, celui de sa formation initiale.
À bien observer les multiples facettes de ses productions artistiques, on découvre certaines permanences. “On peut approcher ma démarche du surréalisme mais en peinture comme ailleurs je propose des repères pour localiser les choses dans le désordre”. Mario Montolivo prend un malin plaisir à bouleverser les règles de lecture de l’image en jouant sur les paradoxes. Ainsi apparaissent des cadres là où on ne les attend pas, à voir “L’homme écran”
(acrylique) par exemple, ce qui amène le regard sur des sentiers nouveaux. De même avec ces dérangeantes mises en abîme dans ces aquarelles et dessins d’étude comme “L’homme en sus”. Ces dessins d’actualité qui enrichissent les galeries de sites d’actualité tels qu’Agoravox, Infomatin mêlent, eux aussi, le sujet traité et le cadre dans un même trait. Mario “repousse incessamment les possibilités”. Depuis peu, il décline ces mêmes orientations dans la “règle du je”, un nouveau projet qui donne place à la vidéo et à la photographie.
Alors peintre, illustrateur, photographe, vidéaste ? Mario Montolivo s’appuie sur ses différents pseudos pour donner corps à cette idée très personnelle de “l’imagiste”. Finalement cette autodéfinition le résume bien. Mario Montolivo est un artiste de l’image et de l’illusion optique. Il produit des images à tous niveaux, jongle avec les supports, sans exclure l’usage du verbe ! Anti conformiste, il refuse les propos sobres leur préférant le ludique pour réveiller les regards souvent anesthésiés par un trop plein d’images formatées. Un propos artistique bien trempé !
IL LIT
Jean Baudrillard,
Elias Canetti,
Boris Cyrulnik
et le bottin
(parce que c’est
plein de gens)
IL ADMIRE
Vinci, Miro, Van Gogh, Cezanne, Bacon, Francesco Clemente, les dessins d’enfants, Jasper Johns, Karel Appel, Willem de Kooning, Pollock, Picasso, Morandi, Piero della Francesca, Raphaël, Hyeronimus Bosh,
The low and high culture USA, Segui,
Lucian Freud, Sandro Chia et l’homme de Cro-Magnon.



















