
"J’aime imaginer la surprise des voyageurs à l’époque des grandes traversées atlantiques. En quittant le port, leur dernier regard vers Le Havre se portait sur l’église Saint-Joseph, une vision extrêmement proche de l’Américan International Building qu’ils découvraient à leur arrivée en baie de New York”. Montier, illustrateur-graphiste caennais de 31 ans, est fasciné par ce que peut produire l’architecture, “le plus antique, monumental, populaire”, en bref “le plus noble des arts”.
À force de battre le pavé et de faire glisser son regard sur les lignes de fuite des bâtisses des villes, Montier a fini par se pencher artistiquement sur les perspectives urbaines. Celles de Caen d’abord qui donneront lieu à “Une promenade dans la ville oubliée” (été 2005), une première exposition d’illustrations peintes. Partant “d’une petite danse de lignes”, Montier construit ses vues panoramiques du port, de la Halle aux Poissons et des quartiers historiques de la cité normande. Autant de quartiers qu’il revisite à différentes époques : années trente, seventies, toujours dans ce style jouant avec d’improbables courbes et lumières. Ce que l’artiste aime définir comme le côté “plus sexy” de son œuvre.
Quand il découvre la cité du Havre, des images de New York plein la tête, sa démarche d’archéologue des temps modernes revisitant des époques révolues prend le large. Sa vision des monuments s’empare de son imaginaire international et plonge dans un exercice de style des plus jubilatoire. Le parallèle de Saint-Joseph avec l’Américain International Building donne naissance à un second travail sur la ville. Montier, séduit par l’audace créative d’Auguste Perret, unique concepteur et architecte de la ville portuaire, multiplie les rapprochements entre des points de vue havrais et des éléments de métropoles du monde. Naissent ainsi des affiliations innattendues entre la grande cathédrale du Havre et celle de La Havane, entre sa mairie et le parlement de la République du Kenya... Un voyage audacieux qui ondule sur les flots océaniques et amène cette seconde exposition (octobre 2006) tour à tour sur chacun des continents.
Si les rapprochements ainsi créés entre des villes distantes de milliers de kilomètres n’ont pas toujours de fondement historique, ces interprétations plongent celui qui les découvre dans une vision nouvelle de cadres familiers, souvent affadis par la quotidienneté. Ici Le Havre reprend son allure de ville ouverte sur le monde, jadis animée par les allers et retours des transats. Un beau voyage...
Site : www.montier-figuratifurbain.fr
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