Il y a un peu plus d’un an le monde occidental était choqué par les images de centaines de jeunes Africains désespérés au point de se jeter contre les grilles de la forteresse Europe de Ceuta et Melilla. La colère déborde. Les pays occidentaux, le FMI et la banque mondiale ont de lourdes responsabilités. Le film superbe du cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako interroge symboliquement sur l’emprise financière du Nord sur le Sud souvent perçue comme un néocolonialisme. Dette, banque mondiale, FMI... Ces mots apparaissent régulièrement dans le brouhaha médiatique mais les réalités qu’ils recouvrent restent souvent mal connues du citoyen. Comme pour le problème des délocalisations : cet aspect de la “mondialisation” semble dramatiquement éloigné des décisions du pouvoir politique à l’échelle nationale.
Roselyne Peluchon, médecin de profession et militante au sein du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-monde (CADTM), nous explique les positions de son organisation et propose des outils permettant d’interpeller les élus. La France pourrait mieux porter l’exigence d’un changement concret de politique économique face aux pays les plus pauvres.
Quelle est l’origine de la dette ?
Dans les années 60 -70, les créanciers (banques privées, pays riches, Banque Mondiale et Institutions financières internationales) ont encouragé les pays du Sud à s’endetter. Les banques privées pour écouler les eurodollars qui remplissaient leurs coffres après le plan Marschall, les pays riches pour soutenir leurs économies mises à mal au moment de la 1re crise pétrolière, la Banque mondiale et les institutions financières internationales selon des buts géostratégiques. Au tournant des années 80, l’effondrement du cours des matières premières et la hausse brutale des taux d’intérêt décidée unilatéralement par les États-Unis ont provoqué la crise de la dette.
Que pensez-vous de l’initiative du FMI (sur demande du G8) de réduire la dette des pays les plus endettés ?
Cette initiative annoncée à grands renforts médiatiques est une supercherie. Les 18 pays bénéficiaires de cette réduction font partie du projet PPTE (Pays Pauvres Très Endettés). Ce processus d’allégement de la dette est dérisoire : il ne concerne que 40 milliards de dollars, dont les pays du G8 prendront en charge le remboursement à la Banque mondiale, au FMI et à la Banque africaine de développement. Il est mis en place lorsque les pays emprunteurs ont complètement satisfait la politique d’ajustement structurel imposée en contrepartie par le FMI. C’est donc contraints que les pays les plus pauvres ont libéralisé leur économie, privatisé leurs services publics provoquant de gros dégâts sociaux. Cette mesure très généreuse en apparence ne changera en fait rien.
À la fin du film Bamako, l’avocat de la partie civile demande à l’issue d’un plaidoyer vigoureux, la condamnation du FMI à “une peine d’intérêt général à perpétuité”. Au-delà de ce détournement de mots, existe-t-il une base juridique pour attaquer l’activité de ces organismes internationaux ?
Les statuts de la Banque Mondiale prévoient qu’elle peut être poursuivie devant certains tribunaux. En revanche le FMI bénéficie de l’impunité.
Considérez-vous que les politiques du FMI et de la banque mondiale relèvent de crimes contre l’humanité ?
Juridiquement, c’est difficile à savoir. Ce qui est sûr, c’est que les déplacements forcés de population, comme en Indonésie sous Suharto, financés par la banque mondiale, tombent sous le coup de la loi.
Le FMI refuse l’annulation totale de “l’ardoise” des pays les plus endettés sous prétexte que cela nuirait aux possibilités d’aide financière pour les autres pays en développement. Que répondez-vous ?
La dette totale des pays pauvres est de 2 500 milliards, celle des pays riches 24 000 milliards, 8 000 milliards celle des États-Unis, l’Union européenne 7 800, 1 300 milliards rien que pour la France. La dette des pays en développement est en fait ridicule au regard de celle des pays du Nord. Les dépenses annuelles de publicité atteignent 1 000 milliards de dollars, le commerce des armes dépasse ces sommes astronomiques ! Nous pensons que l’annulation n’est pas une fin en soi. Le CADTM propose qu’un tel processus passe sous le contrôle citoyen du pays concerné, selon des modalités à imaginer. Si l’argent ainsi économisé sert à la satisfaction des besoins élémentaires des citoyens en lieu et place du remboursement de la dette, un redressement économique réel serait possible. Enfin, les pays exportateurs de pétrole pourraient créer une banque du Sud “solidaire” proposant de très faibles taux d’intérêt et sans condition d’ajustement structurel (c’est la proposition du président vénézuélien Chavez).
Nous parlons beaucoup de l’Afrique mais l’actualité de la dette a connu dernièrement des rebondissements ailleurs sur la planète. Effectivement, l’Argentine de Kirchner et le Brésil de Lula ont décidé de rembourser par anticipation leur dette à l’égard du FMI, ce qui a permis de contester le paiement de ces dettes odieuses...
Que pensez-vous de la récente initiative Norvégienne vis-à -vis de certains pays emprunteurs ?
La Norvège a en effet annulé une partie de la dette de cinq pays lui ayant acheté une flotte de navires entre 1977 et 1980. Les Scandinaves exportèrent ces bateaux au titre de l’aide au développement pour soulager la crise de leurs chantiers navals ! L’actuel gouvernement norvégien a fait le choix de renoncer au remboursement de cette dette, qu’il considère comme indue, en raison de la méthode utilisée. Par extension, le CADTM pourrait proposer aux citoyens français de demander à leur gouvernement de déclarer impayable des créances contractées par la France dans des conditions similaires.
Il y a un peu plus d’un an le monde occidental était choqué par les images de centaines de jeunes Africains désespérés au point de se jeter contre les grilles de la forteresse Europe de Ceuta et Melilla. La colère déborde. Les pays occidentaux, le FMI et la banque mondiale ont de lourdes responsabilités. Le film superbe du cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako interroge symboliquement sur l’emprise financière du Nord sur le Sud souvent perçue comme un néocolonialisme. Dette, banque mondiale, FMI... Ces mots apparaissent régulièrement dans le brouhaha médiatique mais les réalités qu’ils recouvrent restent souvent mal connues du citoyen. Comme pour le problème des délocalisations : cet aspect de la “mondialisation” semble dramatiquement éloigné des décisions du pouvoir politique à l’échelle nationale.
Roselyne Peluchon, médecin de profession et militante au sein du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-monde (CADTM), nous explique les positions de son organisation et propose des outils permettant d’interpeller les élus. La France pourrait mieux porter l’exigence d’un changement concret de politique économique face aux pays les plus pauvres.
Quelle est l’origine de la dette ?
Dans les années 60 -70, les créanciers (banques privées, pays riches, Banque Mondiale et Institutions financières internationales) ont encouragé les pays du Sud à s’endetter. Les banques privées pour écouler les eurodollars qui remplissaient leurs coffres après le plan Marschall, les pays riches pour soutenir leurs économies mises à mal au moment de la 1re crise pétrolière, la Banque mondiale et les institutions financières internationales selon des buts géostratégiques. Au tournant des années 80, l’effondrement du cours des matières premières et la hausse brutale des taux d’intérêt décidée unilatéralement par les États-Unis ont provoqué la crise de la dette.
Que pensez-vous de l’initiative du FMI (sur demande du G8) de réduire la dette des pays les plus endettés ?
Cette initiative annoncée à grands renforts médiatiques est une supercherie. Les 18 pays bénéficiaires de cette réduction font partie du projet PPTE (Pays Pauvres Très Endettés). Ce processus d’allégement de la dette est dérisoire : il ne concerne que 40 milliards de dollars, dont les pays du G8 prendront en charge le remboursement à la Banque mondiale, au FMI et à la Banque africaine de développement. Il est mis en place lorsque les pays emprunteurs ont complètement satisfait la politique d’ajustement structurel imposée en contrepartie par le FMI. C’est donc contraints que les pays les plus pauvres ont libéralisé leur économie, privatisé leurs services publics provoquant de gros dégâts sociaux. Cette mesure très généreuse en apparence ne changera en fait rien.
À la fin du film Bamako, l’avocat de la partie civile demande à l’issue d’un plaidoyer vigoureux, la condamnation du FMI à “une peine d’intérêt général à perpétuité”. Au-delà de ce détournement de mots, existe-t-il une base juridique pour attaquer l’activité de ces organismes internationaux ?
Les statuts de la Banque Mondiale prévoient qu’elle peut être poursuivie devant certains tribunaux. En revanche le FMI bénéficie de l’impunité.
Considérez-vous que les politiques du FMI et de la banque mondiale relèvent de crimes contre l’humanité ?
Juridiquement, c’est difficile à savoir. Ce qui est sûr, c’est que les déplacements forcés de population, comme en Indonésie sous Suharto, financés par la banque mondiale, tombent sous le coup de la loi.
Le FMI refuse l’annulation totale de “l’ardoise” des pays les plus endettés sous prétexte que cela nuirait aux possibilités d’aide financière pour les autres pays en développement. Que répondez-vous ?
La dette totale des pays pauvres est de 2 500 milliards, celle des pays riches 24 000 milliards, 8 000 milliards celle des États-Unis, l’Union européenne 7 800, 1 300 milliards rien que pour la France. La dette des pays en développement est en fait ridicule au regard de celle des pays du Nord. Les dépenses annuelles de publicité atteignent 1 000 milliards de dollars, le commerce des armes dépasse ces sommes astronomiques ! Nous pensons que l’annulation n’est pas une fin en soi. Le CADTM propose qu’un tel processus passe sous le contrôle citoyen du pays concerné, selon des modalités à imaginer. Si l’argent ainsi économisé sert à la satisfaction des besoins élémentaires des citoyens en lieu et place du remboursement de la dette, un redressement économique réel serait possible. Enfin, les pays exportateurs de pétrole pourraient créer une banque du Sud “solidaire” proposant de très faibles taux d’intérêt et sans condition d’ajustement structurel (c’est la proposition du président vénézuélien Chavez).
Nous parlons beaucoup de l’Afrique mais l’actualité de la dette a connu dernièrement des rebondissements ailleurs sur la planète. Effectivement, l’Argentine de Kirchner et le Brésil de Lula ont décidé de rembourser par anticipation leur dette à l’égard du FMI, ce qui a permis de contester le paiement de ces dettes odieuses...
Que pensez-vous de la récente initiative Norvégienne vis-à -vis de certains pays emprunteurs ?
La Norvège a en effet annulé une partie de la dette de cinq pays lui ayant acheté une flotte de navires entre 1977 et 1980. Les Scandinaves exportèrent ces bateaux au titre de l’aide au développement pour soulager la crise de leurs chantiers navals ! L’actuel gouvernement norvégien a fait le choix de renoncer au remboursement de cette dette, qu’il considère comme indue, en raison de la méthode utilisée. Par extension, le CADTM pourrait proposer aux citoyens français de demander à leur gouvernement de déclarer impayable des créances contractées par la France dans des conditions similaires.