
Roger Dautais est né dans le sud de la Bretagne en 1942. Il vit et travaille depuis 1983 en Basse Normandie. Le Land-art semble être au centre d’une production artistique abondante. Cela ne veut pas dire que cette diversité va vers une dispersion, bien au contraire. Persuadé que sa pratique artistique doit s’inscrire dans une démarche citoyenne, il multiplie les rencontres avec des publics éloignés de l’art comme le lui enseigna son ami, le grand pianiste Argentin Miguel Agel Estrella, durant de nombreuses années.
Il expose dans les endroits les plus inattendus comme au Centre de détention et au C.H.R.S, de Caen, partage son savoir et son temps avec les personnes de ces lieux, croise les techniques, emploie photo et vidéo comme support de présentation de ses créations. Il s’engage dans la cité dans des projets artistiques et se réfère à une philosophie humaniste, de plus en plus enclin à s’approcher des marges et des milieux difficiles, des populations d’exclus, pour leur faire partager sa passion du land-art, de l’écriture ou de la réalisation vidéo, afin de les aider.
Ici n’est pas la place pour évoquer en détail son travail d’Art Thérapeute auprès des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, mais simplement d’ouvrir une parenthèse pour souligner que Roger Dautais pense que l’art peut et doit tenir une place importante, accompagner, autant de fois que cela sera possible, toute vie difficile, surtout auprès de ces personnes âgées, doublement marginalisées par cette terrible maladie et exclues de notre société de consommation.
De son univers, coloré, ouvert, poétique, parfois délirant, il trouve matière pour une littérature singulière qui accompagne ses créations de Land-art. Ses films, clips et diaporama sont des rencontres avec l’insolite de sa démarche solitaire. Il arpente de nouveaux territoires, cherche d’autres endroits, se déplace, voyage, toujours avec le même objectif : reprendre sa marche, sur le Chemin des Grands Jardins.
S’il a su travailler avec des Japonais, des Chinois, des Canadiens, Anglais ou Américains, c’est qu’il recherche sans cesse le point commun de cette vie artistique. Sa vie d’artiste est une trajectoire singulière, déroutante, parfois en danger, inventant un langage sans parole, universel, fait de gestes et d’intentions, accompagné de quelques pierres et plongeant ses racines au cœur de l’humanité pour dire son besoin de communiquer, de trouver l’alter ego.
Grâce au désir de faire, toujours présent, au plaisir de la création, renouvelé chaque jour, il pousse toujours un peu plus loin ses recherches dans le domaine du "dire avec" tel un défricheur de brouillard, avide comme un enfant de découvrir encore d’autres saisons, d’autres Printemps, ad libitum. Et c’est peut-être cela le grand défi, aller jusqu’au bout de soi.
Il parcourt, les côtes de France, creuse son sillon dans les sables les plus improbables et trace d’immenses spirales qu’il offre ensuite à la mer.
Aux îles, il leur demande de l’étonner. Il y trouve des pierres qu’il transforme en guetteurs, face à l’océan. Il joue avec les coquelicots dont il dit qu’ils sont le sang de la terre. Il amasse, trie, sépare, entoure, coupe, relie, tel un infatigable artisan, les végétaux trouvés pendant ses longues marches pour en faire des installations éphémères… Entropie du geste ou conscience de toucher là au grand mystère de sa finitude ?
D’ailleurs n’essaye-t-il pas de transcrire ces angoisses de la mort en nous la montrant, par exemple dans cette désormais célèbre série des Gisants de Sallenelles, si souvent montrée sur le Net.
Au Maroc, il parcourt le Moyen-Atlas et installe des spirales de pierres dans la région sud de Tafraout. Il propose ses créations aux Marocains sur les immenses plages d’Agadir. En Tunisie, c’est avec le même désir de rencontre qu’il élève des petites colonnes dans les montagnes de Matmata, non loin des tombes Berbères, pour leur rendre hommage. Il salue le désert de Douz, laisse son empreinte et reprend la route qui longe la Lybie, scellant un pacte avec ces immenses paysages et leurs populations : y revenir, un jour. Il parcourt Djerba, et dans les sables brûlants traces interminablement des spirales sous les yeux des Tunisiens qui viendront écrire, en Arabe, autour de ses créations afin de rapprocher les cultures. Échanges fraternels à deux pas des rivages souks, rapprochement, paroles muettes sous le soleil de plomb et au loin, l’appel du Muezzin à la prière… Fraternité des hommes, fraternité des pierres en Méditerranée, comme en Bretagne, à Lorient, Douarnenez ou Perros-Guirec, sang Breton ou Berbère… même couleur dans les veines.
Même ciel, mêmes éléments, air, terre, eau, feu, même passion du dépouillement, de l’ascèse, pour arriver au geste, juste, précis, et continuer d’inscrire une vie toute entière dans cette Nature qu’il respecte et qu’il interroge sans rien attendre d’autre.
Roger Dautais ne donne pas de solutions, de leçons, il ouvre un chemin, le sien, le plus simplement du monde et il propose au passant, au voyageur de se mettre en route suivant son envie, avant le coucher du soleil, avant que sa vie ne décline. Il suppose que chacun saura se laisser surprendre selon sa sensibilité, par la découverte d’un mandala printanier, composé dans la jubilation d’un assemblage de fleurs, et le recueillement de la solitude, au cœur de la Nature. Et si la surprise devient une bonne raison de poser son sac et de prendre le temps de la contemplation, non pas, simplement, de l’œuvre éphémère, simplement, mais de la Nature qui l’entoure, alors, le prix de cette vie consacrée au Land-art prendrait un sens encore plus profond auprès de ses propres petits enfants.
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